La frontière:
Dès que nous sommes arrivés à la frontière entre l'Argentine et la Bolivie , la pauvreté de ce nouveau pays m' a touché et m' a fait mal au coeur.
Dans le bus, j'étais assis à ma place avec maman. Tout d' abord, une femme est venue s' asseoir à côté de nous sans nous demander la permission. Ensuite j'ai laissé ma place à une femme et son bébé, elle ne m' a même pas dit merci ni fait un sourire ( je me suis dit que j' aurais dû rester à ma place ). Mes premières impressions de la Bolivie n'ont pas été très bonnes. Je crois que les Boliviens n' apprécient pas trop la présence des blancs après tout ce qu' ils ont subi ( des millions d' Indiens morts dans les mines, ou à cause de la maltraitance et de l' esclavage).
Tupiza-Tours :
Nous avons passé deux nuits à dans la ville de Tupiza . Puis nous sommes partis pour un tour de 4 jours en Jeep.
Nos compagnons.
Nous étions en tout 6 personnes : mes parents, Paul un anglais très gentil, accueillant et un peu timide qui voyageait depuis trois ans et demi et qui comptait s' installer au Cambodge, la cuisinière Christina, très joyeuse , le chauffeur Geraldo qui était super sympa et moi .
Le premier jour : au début nous avons traversé de grandes « quebradas » ( prononcer : québradas ) où abondaient de nombreux cactus puis nous avons pique-niqué. C 'était un régal, légumes frais, pain et jambon. Ensuite nous avons marché un peu et nous avons vu des dizaines de lamas. On pouvait s' en approcher de très près, mais tout doucement. Nous avons repris la voiture, vu des paysages splendides : volcans, montagnes, mais toujours tout était très très sec alors que l' on était à 3 000, 4 000 mètres d' altitude ( pas une trace de neige ) et à un moment, étonnés, nous avons aperçu des autruches !!!!!! Nous sommes arrivé au refuge vers 18 h. Après une nuit glaciale ( il n' y avait pas de chauffage ni d'eau chaude), nous sommes repartis à 6 du matin .
Le deuxième jour : Nous sommes repartis frigorifiés, pour une très longe journée de voiture. Nous avons roulé pendant 2 h à travers des volcans de 5 000, 6 000 mètres d' altitude, plus haut que le Mont Blanc !!!!!!!!!!!!!!! Ensuite après être passé dans un ou deux villages, nous avons vu le premier Salar ( je vous expliquerai le mot « Salar » quand nous serons au SALAR D' UYUNI le plus grand du monde) . Nous nous sommes arrêtés quelques kilomètres plus loin pour manger, un délice ( non mais vraiment, meilleur que dans un restaurant ). Et là il avait des sources d' eau chaude, mais mes parents ne voulaient que je me baigne ( à cause de la température extérieure ). Plus loin, nous sommes arrivés à « la laguna Verde » ( la lagune verte ) . La couleur verte de l 'eau s' explique par la présence d 'un poison mortel, l' arsenic. Nous sommes arrivé ensuite à des geysers de boue, ça bouillonné de partout !!! Mais cela restait dangereux, il ne fallait pas s' approcher trop près. Et enfin nous sommes arrivés à « la laguna Colorada » où normalement il y a des FLAMANTS ROSES !!!!!! Vous imaginez des flamants à 4 200 mètres ( aujourd'hui il n' y en n' avait pas car il faisait trop froid ). C' est ici que j'ai passé la nuit la plus froide de ma vie, nous avons dormi à -12 ° !!!
Troisième jour : Nous avons repris la route à 8 h. Tout d' abord nous avons fait le tour de la lagua Colorada, où aujourd'hui il y avait des flamants roses, c'était magnifique ils étaient en train de se baigner dans une partie d' eau chaude de la lagune. Quand nous nous sommes approchés, tous sont partis en volant dans le ciel bleu. C' était splendide !!! Nous sommes repartis éblouis, mais ce n'était pas fini. Nous avons longé plusieurs lagunes gelées et nous avons revu des flamants, cette fois à un mètre de nous. Puis au loin nous avons aperçu un volcan qui fumait et à ses pieds un champ de lave pétrifiée s 'étendait. Nous avons dormi cette nuit-là dans un hôtel de sel !!! Les sommiers des lits étaient fait de bloc de sel, les tables, le sol pareil. Nous étions au bord du Salar d' Uyuni.
Quatrième et dernier jour : Aujourd'hui nous avons traversé le Salar. Un Salar est un désert de sel !!!
Celui d' Uyuni est aussi grand que la Sarthe, mais il est plat et blanc que l' on peut voir toutes ses limites, on a l' impression que l' on est proche, mais il reste encore 100 kilomètres. Sur le Salar il y a plusieurs petites îles qui sont remplies de cactus. On dirait qu'il y a de tout petits marais salants sur le sol, car la surface est formée d' hexagones irréguliers. Parfois nous avons vu des mirages, on avait l' impression que les montagnes au loin flottaient dans l' air.
Nous avons passé quatre jours sans nous laver, mais les paysages sont extraordinaires.
Retour en arrière
Il y a presque vingt ans ( eh oui !), j'avais fait en partie le tour dans le sud bolivien que nous venons de réaliser. J' étais parti de Potosi, via Uyuni, jusqu' à la laguna Colorada, mais sans aller jusqu' à Tupiza. Les paysages sont toujours aussi impressionnants, le froid toujours aussi intense la nuit, mais les conditions d' hébergement se sont considérablement améliorées. Autant dire qu' en 1990, c' était assez sportif !!! Je suis très heureux d' avoir pu revoir tous ces endroits, cette nature brute, hostile et fascinante à la fois. C'est incroyable de voir comment la vie arrive à s 'accrocher ici, vigognes, lamas, lièvres, et même des autruches...La végétation y est rare, mais quand elle a su s' adapter, cela donne des choses extraordinaires, comme ces cactus géants de plus de 500 ans, ou ces mousses centenaires d'une couleur vert tendre qui tranche dans le décor de pierres et de poussière. Mais plus incroyable encore est le fait que des hommes, des femmes, des enfants puissent vivre dans ce milieu si dur. Nous avons traversé quelques villages où des familles se sont installées, vivant dans des maisons de terre, sans chauffage, parfois sans électricité. Je n' arrive pas à imaginer quelle peut être leur vie, si loin de tout, dans des conditions si difficiles. Que peuvent-ils penser de nous, touristes de passages, habitués à un confort qu'ils ne peuvent sans doute pas concevoir ? Les gens que nous avons croisés étaient peu communicatifs, plutôt fuyants et ne cherchant pas le contact. Ceci est d'ailleurs un peu vrai pour une grande partie des Boliviens de cette région que nous rencontrons. Nous ressentons une certaine indifférence, voire une hostilité latente, qui ne nous met pas à l'aise. Ce n'est pas systématique bien sûr, nous avons eu quelques discussions avec des personnes dans des bus, des cafés, mais il s' agissait surtout de « mestizos », plus proches de notre culture. A quoi tient cette distance que les indiens quechuas ou aymaras mettent entre eux et nous ? Sans doute en partie le lourd passif de l' histoire de la colonisation y est-il pour beaucoup. Peut-être aussi la différence entre la ville et la campagne, la pauvreté, les conditions de vie pénibles, le froid peuvent-ils permettre d'expliquer cette situation. En tout cas, j' espère que le gouvernement d 'Evo Moralès, qui veut remettre en cause les inégalités entre indiens, mestizos et blancs, et surtout entre riches et pauvres réussira à modifier un peu l'ordre des choses. Cela n' a pas l'air d' être facile d'ailleurs, car les propriétaires latifundistes et leurs alliés qui dirigent les provinces orientales font tout leur possible pour mettre des bâtons dans les roues aux projets de réforme. Récemment, ces régions ont menacé de faire sécession, mettant une pression énorme sur le gouvernement. Les tensions dans le pays ont l'air très fortes, même si nous ne les avons pas ressenties directement pour l'instant. L 'histoire de la Bolivie a l' air assez complexe, j'ai du mal à y trouver des repères, mais j' ai l'impression que la lutte pour la répartition de la terre et des ressources naturelles est toujours au coeur du problème. Nous sommes aussi passés à Potosi, célèbre pour son « Cerro rico », autrement dit sa « montagne riche », d' où les Espagnols ont tiré des tonnes d' argent, en y faisant travailler et mourir près de 8 millions d' Indiens et d' Africains au cours des 3 siècles qu' a duré la colonisation. Aujourd'hui encore des mineurs y travaillent, extrayant des minerais divers, étain, plomb et un peu d'argent...dans des conditions apparemment épouvantables, dignes de Germinal. On peut visiter les mines, mais nous n' avons pas eu envie d' y aller. La ville est assez belle, de style colonial bien préservé. Quand le soleil brille, les couleurs des maisons éclatent, et les points de vue qu'offrent les innombrables miradors perchés sur les toits des églises sont magnifiques. Il fallait bien que les richesses du Cerro soient immenses pour que les colons viennent construire à 4000 mètres d'altitude une ville aussi importante là où, auparavant, ne vivaient que des bergers avec leurs troupeaux de lamas. Nous n' y sommes restés que deux nuits, car il nous reste encore beaucoup d'endroits à visiter, et le moment du retour approche. Nous irons donc à Sucre, un peu plus à l' Est , et surtout un peu moins froid car situé à une altitude inférieure, pour profiter d'un peu de chaleur avant de remonter sur l' altiplano et nous diriger vers le lac Titicaca.
Commentaires sur cet article Riri Certains des cactus géants dont vous parlez peuvent atteindre (comme sur l'île de los pescadores)12m de haut et quand on sait qu'un mètre équivaut à pas loin de 100 ans de vie, cela fait des cactus de presque 1200 ans !
2 regrets pour vous à la lecture de votre récit : ne pas vous être baignés dans les sources d'eau chaude ; sentiment magique que ce bain chaud fumant dans l'air glacial. Il suffit juste de se rhabiller en vitesse...(Jules, ce sont les inconvénients d'avoir un ou des parents dans le milieu médical!). Et celui de ne pas avoir visité une mine à Potosi ; lourd d'enseignements sur la vie actuelle des mineurs (y compris des enfants) et encore plus sur celle passée des esclaves enfermés à vie au fond de ces mines...Dans le tour organisé pour les touristes en goguette, on se doit d'emmener des "cadeaux" aux mineurs : cigarette et feuilles de coca (coupe faim, coupe fatigue...) qu'ils machent à longueur de journée pour leur permettre de tenir le coup, sans parler de l'alcool local imbuvable pour nous tellement il arrache. on découvre aussi tous les rites religieux pour préserver des éboulements et autres dangers de la mine : offrandes à pachamama (déesse terre) et rituels nombreux. Domi, on compte sur toi pour nous faire un bel exposé sur le sujet "pachamama" et "pachapapa" (si le coeur t'en dit). Une légende locale (mais en est-ce vraiment une ?) prétend qu'avec tout l'or et l'argent qui a été extrait de ce Cerro Rico, on aurait pu contruire un pont pour aller de Potosi jusqu'en Espagne...
Sinon, votre sentiment sur cette espèce d'indifférence, voire hostilité, de la part des indiens boliviens, j'ai bien peur qu'il ne vous suive dans toute la Bolivie. C'est en tous cas, ce qui s'est passé pour nous. Et il n'y a malheureusement pas grand chose à y faire.C'est comme ça.
Profitez pleinement du dernier mois !