Quelques coups de coeur de Marie et une cérémonie émouvante à Cordoba

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Argentine - Cordoba
de Marie et Dominique, le 29-05-2008

Quelques coups de coeur de Marie et une cérémonie émouvante à Cordoba

Je reprends ma plume ; il est vrai que je suis un peu fainéante mais la transition avec l'Asie a été un peu dure .En Asie , en particulier au Laos et en Thaïlande , à cause du coût de la vie ,nous pouvions gouter « au luxe »: petits hôtels de charme , resto matin-midi et soir, taxi pour aller d'un endroit à un autre dans les villes ; de plus il faisait chaud (35-40) et les rencontres étaient faciles.A Syndey , au Chili ,moins en Argentine ,le coût de la vie étant très supérieur, nos hôtels sont souvent des "backpackers"sans "bano privado", parfois sans charme et pas très propres ; de plus Domi a remis son tablier de cuisine et comme les cuisines sont souvent basiques, on mange souvent des nouilles ; pour les déplacements dans les grandes villes soit nous marchons, soit nous prenons les bus locaux .De plus les températures sont fraîches (10-20).
Cependant j'ai eu des coups de coeur où j'ai vécu des moments forts.

A Sydney, j'ai aimé le site de la ville construite sur une baie déchiquetée , l'Opéra Sydney House dont l'architecte est Jorn Utzon , qui ressemble à un coquillage, le quartier " des docks" autour du port avec son Musée d'Art Contemporain (nous avons vu une expo de Diana Hall et de plusieurs artistes aborigènes) et ses galeries exposant de l'art aborigène ( j'aurais bien aimé acheter une toile).

Au Chili j'ai eu peu de coups de coeur mais nous n'avons vu que Santiago et Valparaiso et il faisait très froid . J'ai aimé notre hôtel à Santiago( Bellavista Hotel ) très coloré , un peu branché .A Valparaiso j'ai aimé comme tout le monde les maisons colorées et les façades embellies de fresques murales.

Mes premières impressions en Argentine sont plutôt favorables : les gens sont souvent sympathiques, chaleureux , moins tristes et moins introvertis qu'au Chili , et nous avons vu de belles villes et des paysages superbes; de plus il y a du bon vin et de la bonne viande de boeuf.
Après avoir traversé la Cordillère des Andes ( paysages grandioses du coté argentin avec un ciel bleu) nous sommes entrés dans Mendoza. Notre hôtel s'appelait “Le Malbec “ qui est le nom du meilleur vin du pays. J'ai aimé la dégustation d'un très bon Malbec 2005 à “La Casa del Vino” (équivalent d'un Reigner argentin) qui a eu lieu le soir de notre arrivée et le diner à “La Barra où nous avons mangé un “bife de lomo “ et un “bife de chorizo” sublimes ( équivalent d'un tournedos français )et bu un autre malbec. Domi et Jules étaient aux anges; Richard aurait aimé.
A San Juan ou plutôt San Augustin de Valle Fertil mon coup de coeur a été le parc Ischigualasto avec ses fossiles de dinosaures et ses formations rocheuses scupltées par l'érosion et le temps.
Depuis 3 jours nous sommes à Cordoba .Avant-hier nous avons vécu un moment fort émotionnellement ; par hasard nous avons assisté à une manifestation en faveur des disparus , torturés ,et assassinés durant la “guerre sale” c'est-à-dire durant la dictature militaire de 1976 à 1983. En effet actuellement à Cordoba , 30 années après ,a lieu le jugement des principaux responsables locaux de ces crimes ; la manifestation se déroulait devant un bâtiment qui était un lieu de détention , d'interrogatoire et de torture .Il est devenu un “mémorial”;sur le mur de facade sont inscrits tous les noms des assassinés dessinant les empreintes d'un doigt; et dans la rue faisant face toutes les photos de ces personnes torturées et tuées volaient au vent ; les familles de ces personnes pleuraient ; un texte de Pablo Neruda a été lu .Nous avons visité le centre et Jules a posé beaucoup de questions;là nous avons rencontré un journaliste d'une télé locale avec qui Domi a parlé chez qui nous devons dîner ce soir (28 mai). Le Chili a vécu la même chose en 1973 avec Pinochet ; je lis actuellement un livre de Angel Parra ( Mains sur la nuque) racontant la détention et la torture d'une personne dans le stade national avec des centaines d'autres les premiers jours de la dictature.C'est terrible...et difficilement imaginable.

Domi parle couramment espagnol; on lui fait souvent des compliments ;il nous donne de temps en temps des cours d'espagnol.

A bientôt à tous Marie


J' avais moi aussi écrit un petit texte sur cette cérémonie; ça risque de faire un peu répétition, mais je le mets quand même, car il y a d'autres informations qui pourront vous intéresser.

Lundi matin, nous sortions de notre hôtel pour aller visiter la cathédrale de Cordoba quand nous sommes tombés sur un rassemblement d'une cinquantaine de personnes, dans une petite rue tout près. Des portraits étaient suspendus sur des fils tendus entre les murs des maisons. En regardant de plus près, je vis qu'ils représentaient des hommes et des femmes, jeunes pour la plupart, avec leur nom et leur âge, ainsi que les mots suivants « Secuestrado y assessinado el ......1977. ». Nous nous sommes donc arrêtés et une femme a pris le micro. Il s'agissait de l'inauguration d'une plaque commémorative portant le nom de toutes les personnes qui avaient été éxécutées ou avaient « disparu » entre 1969 et 1983 dans la province de Cordoba, avant et pendant la dictature militaire. Deux mille noms . L'atmosphère était très tendue, et l'émotion nous a gagné lorsque les membres des familles se sont avancés pour découvrir la plaque. Lors du discours qui a suivi, nous avons compris que nous nous trouvions devant un des lieux de détention et de torture de Cordoba, lieu qui désormais a comme fonction de rendre hommage et conserver la mémoire des victimes de la junte. Nous avons appris aussi que le lendemain, le procès du principal responsable de la répression à Cordoba allait débuter. Après 31 ans, les personnes présentes espéraient qu'enfin justice allait être rendue. Nous sommes entrés dans le lieu, où des photos de disparus, des textes étaient affichés un peu partout. En avançant, nous avons découvert les cachots, les salles de torture, les graffitis laissés par les victimes pour laisser une trace d'eux avant de disparaître. C'était vraiment dur. Un homme d'une cinquantaine d'années a commencé à discuter avec nous et nous a expliqué ce que ce lieu représentait de souffrances pour les familles des victimes. Je lui ai demandé comment le procès pouvait avoir lieu alors que deux lois d'amnistie avaient été votées ( Loi dite d'Obéissance dûe, qui exemptait les criminels de toute poursuite sous le prétexte qu'ils ne faisaient qu'obéir aux ordres de leurs supérieurs, et Loi dite du Point Final -!!!- qui était censée mettre un terme à toute velléité de poursuites judiciaires). Il m'a répondu que le gouvernement actuel, plus sensible apparemment que les autres à la question des droits de l'Homme, et sous la pression des associations de familles des victimes (les fameuses Folles de la place de Mai à Buenos Aires entre autres) avait accepté que soit revues ces lois honteuses et que des poursuites judiciaires puissent être engagées. Le procès va sans doute durer plusieurs mois. Nous espérons que le jugement sera à la hauteur des crimes commis. C'est fou de penser que dans un pays comme celui-là, les assassins de 30 000 personnes, la plupart très jeunes, continuent à vivre une vie normale, en tote bonne conscience. C'est assez bouleversés que nous sommes sortis du centre. Nous aurons l'occasion d'en savoir un peu plus sur l'histoire de ce pays car Antonio, notre interlocuteur nous a sympathiquement invité à dîner chez lui mercredi soir. Comme de plus, nous sommes en contact avec Gaba, une amie d'Isabelle, et que nous allons nous rencontrer à Rosario dès jeudi, je pense que les jours qui viennent vont nous permettre d'entrer un plus plus profondément dans la connaissance et la compréhension de l'Argentine. Dominique





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Commentaires sur cet article
Riri
Vos témoignages sur cette rencontre insolite, cette manifestation ancrée dans une réalité sociale terrible, sont poignants. C'est dans ces moments là, inattendus, imprévus et imprévisibles, que le voyage prend tout son sens, que l'on en ressort grandi, éclairés par ce partage de bribes d'humanité...

Pour revenir à des choses triviales, le malbec est un cépage (type de raisin) rouge, riche en tanin et apte au vieillissement. On en trouve dans les bordeaux (bordeaux sup, haut médoc, margaux...) mais en faible proportion (-5%) et surtout dans les cahors. La différence tient aux assemblages réalisés en France, contrairement aux vins argentins qui sont pour la plupart unicépage (d'où l'assimilation au nom du vin). Le premier producteur mondial de Malbec est l'Argentine (10 000 hectares), suivie par la France (6000 hect) puis le Chili (1000 hect). Au total, ce sont 18 000 hectares de Malbec plantés dans le monde.
Vous pouvez nous envoyer une caisse par bateau, on attendra votre retour pour l'ouvrir...

 

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