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Argentine - Buenos Aires
de Dominique, le 09-06-2008

Buenos Aires

Nous sommes arrivés à Buenos Aires lundi 2 juin, après quelques heures de route depuis Rosario (sans que le parcours soit interrompu par les barrages filtrants opérés par les agriculteurs en colère, un conflit qui dure depuis plusieurs semaines et qui semble dans l'impasse, j'en reparlerai plus loin). Nous avons trouvé facilement la Casita de San Telmo, notre pension, qui nous avait été recommandée par Isa. Le cadre est très agréable, nous disposons de de deux chambres contigües, et la cuisine est vraiment au top. Anna la propriétaire est une artiste, elle chante et enregistre des CD, son fils compose des tangos, bref, on est en bonne compagnie. Nous y rencontrons aussi Corinne, une suissesse très sympathique et qui a plein de bons « tuyaux » à nous donner, ainsi que deux mexicaines ( dont une fan de foot, à la grande joie de Jules). La ville est grande bien sûr, plus de trois millions d'habitants, treize avec la banlieue, mais il est facile de s'y repérer, et de s'y déplacer, entre le métro, le bus et le taxi, qui est assez bon marché. Nous allons voir bien sûr la place de Mayo, où les « Folles », c'est à dire les mères et grand-mères des disparus continuent à manifester tous les jeudis depuis trente ans. La place est située juste en face du palais présidentiel, la Casa Rosada, et de fait, elle est occupée en permanence par des gens qui protestent : familles sans domicile, chômeurs, agriculteurs, ...C'est comme si l'on tenait un siège devant l'Elysée en permanence (ça serait peut-être d'ailleurs une idée à creuser). Mais ici aussi, il semble que les tenants du pouvoir s'accommodent de cette contestation permanente et s'en contrefichent allègrement. Pourtant, la pauvreté est très visible, plus encore que dans les autres villes que nous avons vues jusqu'à maintenant : mendiants, vendeurs de bricoles dans la rue, aux carrefours, hommes couchés dans des recoins, enfouis sous les cartons. C'est assez dur. Il semble, d'après ce que j'ai pu lire et d'après ce qu'on m'a dit, que la misère gagne du terrain dans ce pays, qui est pourtant un des plus riches du continent...Nous sommes allés par exemple dans le quartier de la Boca, ancien port et quartier d'émigration. Si dans quelques rues très touristiques on peut voir des maisons très typiques, colorées, avec des statues très drôles de célébrités argentines ( Gardel, Eva Peron, le Che ...), on sent quand même qu' une extrême pauvreté règne dans le quartier, et qu'il est plus ou moins laissé à l'abandon. C'est là qu' a été construit le stade de la Boca, qui a vu Maradona faire ses débuts. Le bâtiment est assez impressionnant, avec son musée du foot juste en dessous. Jules a craqué pour le maillot de l'équipe avec le nom de la star, et ne veut plus le quitter depuis ce jour. Nous sommes aussi allés dans le quartier de Recoletta, où se trouve un des grands cimetières de la ville, une sorte de Père-Lachaise . On y trouve entre autres la tombe d'Eva Peron, et de quelques autres personnages célèbres ici ( Présidents, généraux....), mais pas Gardel, qui est enterré ailleurs. Les quartiers sont très différents les uns des autres, et les différences de niveau de vie sont flagrants. Entre la Boca et Palermo, quartier « branché » ou Recoleta, il y a un monde...En tout cas, le quartier de San Telmo où nous habitons est très agréable. Beaucoup de bars, de petits restos sympas, de boutiques d'antiquaires , d'objets d'art. C'est dans un de ces petits restos, d'ailleurs, que nous avons fêté l'anniversaire de Marie. Cette fois, pas de cocktail dans les verres, mais un bon Malbec, et bien sûr, du steack bien tendre et savoureux...
Nous avons aussi fait la connaissance de Ugo, un ami d'Isabelle, originaire de la Pampa et qui vit depuis quelques années ici. Il nous a emmenés dans un restaurant traditionnel du quartier, très populaire, et nous y avons là aussi, très bien mangé. Il travaille dans une boutique qui vend de l'artisanat de la pampa, nous allons y faire un tour dimanche. Il se propose de nous guider dans les quartiers qui nous intéressent, et nous allons sans doute le revoir lundi. Nous avons discuté avec lui aussi de la situation politique, ce qui me permet de revenir sur la question de la grève des agriculteurs ( A ce propos, je viens de lire que l' Eglise est intervenue auprès de ces derniers pour qu'ils cessent leur grève... Vous imaginez ce que ça donnerait en France !!!) Donc, voilà ce dont il retourne : la production de soja (transgénique bien sûr, ici les trusts internationaux comme Monsanto n'ont pas de José Bové pour leur mettre des bâtons dans les roues....) a explosé ces dernières années, au point que l'Argentine en est devenue le premier producteur mondial. Les producteurs céréaliers ont vu leurs revenus augmenter considérablement. Lorsque le gouvernement actuel s'en est rendu compte, il a décidé d' augmenter les taxes à l'exportation, en justifiant cette augmentation par la nécessité de financer la santé, l'éducation, etc...Hors, il a fait une grosse erreur : en demandant le même effort financier à tous les producteurs, il a dressé contre lui à la fois les gros et les petits céréaliers, qui évidemment ne génèrent pas les mêmes bénéfices. De plus, d'après Ugo, personne en Argentine ne croit au fait que l'argent récupéré sera vraiment redistribué, les pratiques de clientélisme étant tellement ancrées dans les habitudes des politiques. Résultat de l'opération : une grève qui touche tout le pays, avec des manifestations monstres ( plusieurs centaines de milliers à Rosario il y a deux semaines), routes coupées, et un bras de fer qui s' éternise...De plus, mais là je manque d'informations, il semble que se joue aussi un phénomène lié au péronisme, le gouvernement se situant dans la lignée de ce mouvement, le « campo » étant traditionnellement plutôt anti-péroniste. La question est de savoir ce qu'est le péronisme, et là Ugo m'a bien fait rire en me disant que c'était un peu comme le fait d' avoir ( ou pas) la foi : on est ou on n'est pas péroniste, ça ne s'explique pas. ...Bon, il faudra que j'essaie de trouver des choses là-dessus plus tard, je crois que Ignacio Ramonet du Monde Diplomatique a écrit des articles sur cette question. En tout cas, la situation a l'air très complexe. Bon, en ce qui nous concerne, nous espérons (égoïstement) que nous pourrons quand même traverser le pays sans être trop embêtés. Nous sommes de plus actuellement confrontés à un petit « problème » : nous attendions un colis envoyé de France, qui contient nos guides de voyage de Bolivie et du Pérou, des romans et quelques autres babioles. Jusqu'à maintenant, nous n'avons eu aucun problème pour récupérer ceux de Sydney et de Santiago. Mais ici, c'est plus compliqué. Il a déjà fallu trouver le bon bureau, faire la queue, pour s'entendre dire qu'il fallait le numéro d'envoi du colis, téléphoner en France pour récupérer le numéro, refaire la queue pour , cette fois, apprendre que le colis était arrivé, mais pas encore passé en douane, et qu'il fallait attendre encore quelques jours... Nous sommes donc « obligés » de rester au moins un jour de plus, en espérant que ce délai sera suffisant pour récupérer le colis. Ce n'est pas bien grave, d'autant qu'il y a eu dimanche une « parilla », c'est-à-dire un repas de grillades à la Casita ( encore de la viande grillée extra, et du bon vin….) Cela nous a permis de mieux connaître Anna et son mari, les propriétaires de la Casita. Des gens vraiment très gentils, ouverts, et génereux. Du coup, nous avons pu nous balader un peu plus longtemps dans le quartier et voir les danseurs de tangos dans les rues...L´ambiance dans le quartier est vraiment géniale, orchestres de tangos à tous les coins de rue, danseurs sur la place Dorrego, personnages pittoresques du quartier qui déambulent et s´apostrophent, tout le monde a l´air de se connaître. On apprécie vraiment….Nous avons fait quelques achats typiques : un chapeau de « tanguero » pour moi, et pour Marie, la tenue qusi complète de « bailarina » : chaussures à talons et pantalon fendu. A défaut de danser le tango, on en aura au moins les atours….

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